Louis Sclavis et Vincent Courtois

Les 10 ans de Musique à Albas : insolite duo Sclavis/Courtois

L’association «  Musique à Albas  » poursuit son petit bonhomme de chemin depuis 10 ans déjà. Des concerts toujours pointus, jazz compris, preuve de l’éclectisme des organisateurs. Ils avaient ouvert, il y a 10 ans, avec Émile Parisien. On connaît la fulgurante ascension de ce dernier qui fit ses débuts studieux à l’École de Musique de… Cahors. Il y eut aussi l’immense pianiste Alain Jean-Marie et aussi Selim Mazzari, autre magicien du clavier dans le registre classique. Et puis vendredi dernier, venue en l’église d’Albas (consacrée à quel saint  ?) de deux libertaires de la musique, Louis Sclavis et Vincent Courtois. L’appellation jazz est-elle justifiée ? Sous l’angle de l’improvisation, pourquoi pas ! Ces deux compères écument les scènes jazz depuis plus de trente ans, talent oblige. Ils ont joué avec la crème des musiciens et leur notoriété est amplement justifiée. Leur duo insolite en fait foi : anche et cordes, ou plus précisément clarinette et violoncelle, avec un véritable vagabondage musical. Sclavis, look romantique ténébreux, est un instrumentiste avisé. Son chou-chou, c’est la clarinette basse à la sonorité d’une grande amplitude où il excelle à valeur égale avec son alter-ego Michel Portal. Courtois, aucune parenté avec le fabricant d’instruments, en pratique un, le violoncelle, rare dans le domaine du jazz. Il y eut un grand aîné Jean-Charles Capon qui ouvrit cette voie insolite. Courtois en a tiré un héritage fidèle. Ancien élève d’un autre, voisin d’Albas, Roland Pidoux, le bouillant Vincent donne l’image d’un « allumé » de la musique, complice de l’œil et de l’archet. Jazz ou pas jazz ? À nouveau se pose la question : jazz ou pas jazz ? Les titres des pièces jouées démontrent une très grande liberté sémantique et un humour à tout crin. Le talent et la fameuse technique en la matière feront le reste. Quid de l’émotion dégagée ? Le public fidèle et inconditionnel en a trouvé, c’est l’essentiel. Les nostalgiques du bon vieux jazz et du be-bop apprécieront, en ces temps où l’on célèbre cinquantenaire de la disparition de Coltrane et surtout le centenaire de la naissance d’un vrai novateur, Thelonious Monk. Sclavis et Courtois n’ont certainement pas tourné le dos à ces créateurs de génie et apportent leur plus à la construction d’une musique qui se cherche et parfois ne semble pas se trouver. Subsiste quand même la maîtrise absolue des instruments et leur complémentarité. Musique impressionniste à coup sûr, parfois envolées lyriques et deux bis étonnamment classiques avec l’inoxydable trois temps de la valse et autre polka. Encore un grand bravo aux bénévoles qui tiennent à bout d’oreilles et à son infatigable présidente Jacqueline Wegner. Retour à la musique classique le vendredi 1er juin avec la pianiste japonaise Minako Matsuura. Renseignements au 05 65 20 19 54 ou 05 65 31 17 02.