Marc Benham et Quentin Ghomari

REVUE DE SCENES

Piano trompette à Albas

Jazz à Albas continue son chemin en proposant un jazz et un classique pour cette onzième saison. Ce dernier concert de vendredi dernier fut dans l'excellence. Sur scène deux musiciens très pointus, le pianiste Marc Benham et le trompettiste Quentin Ghomari. Dans le petit monde du jazz, il faut compter sur ce nouveau duo qui fera sans nul doute le bonheur des associations et surtout du public. Ce fut le cas à Albas qui choisit toujours des plateaux originaux. Le jumelage piano/trompette n'a pas failli à l'intention. Un pianiste hors pair, élève du grand Martial Solal, a fait honneur à son illustre magister. D'entrée, il plonge l'auditoire dans un rêve indéfini. Le sentier du clavier est escarpé, joyeux, inquiétant, tout comme les premiers sons de la trompette. Va-t-on assister à une plaisanterie musicale ? Et bien non ! Une véritable leçon de jazz autour de quelques divinités dont les noms sont évocateurs: le révolté Mingus, le géant Ellington, le mal aimé Bud Powell, les poètes Sydney Bechet et Benny Carter, et surtout le mystique Thelonious ''Sphere'' Monk dont l'esprit planera sur tout le récital. Marc Benham possède une maîtrise du clavier époustouflante. De la virtuosité à la nuance la plus subtile, il capte le public à chaque note. On sent chez le pianiste des influences majeures de quelques ''boss'' de la famille, Art Tatum, Chick Corea, McCoy Tyner, M.Solal, et en définitive Benham lui-même qui sait imposer son charisme et son style. La complicité avec Q.Ghomari a fait le reste. Un son hésitant et explosif à la fois, rappelant un certain Miles Davis, mais aussi un Chet Baker heureux/malheureux, et la joyeuseté d'un Clark Terry au bugle.Une originalité instrumentale, une trompette à piston, comme un trombone. Les compères prennent visiblement plaisir à … faire plaisir. Du grand jazz non dépouillé de swing, critère primordial du genre. Deux noms à divulguer d'urgence chez les fans. Jean Louis Crassac